Être bien

Parce qu'on veut tous apprendre à être bien. Dans notre peau, dans notre tête... dans notre vie! Cette section se veut donc un partage d'outils et de réflexions, un accès à des ressources qui, je l'espère, vous seront utiles, comme elles l'ont été pour moi.

Aimer la vie… coute que coute

dimanche 29 janvier 2017
Par André Trudel

Tout le monde a une histoire… et de lire celle des autres peut parfois nous éclairer sur la nôtre.

Aujourd’hui, l’histoire d’André qui, comme des milliers d’hémophiles québécois, est une victime du sang contaminé. Résultat : il a contracté le VIH et l’hépatite C lors d’une transfusion sanguine. Une erreur médicale qui a changé sa vie.

Comment réagit-on à pareil diagnostic quand on a une famille, une femme enceinte et une autre petite fille ? André nous raconte comment il a vécu ce moment… dans ce billet immensément courageux et bouleversant.

Le jour où j’ai appris que j’avais le SIDA

Je travaille à mon bureau quand ma secrétaire Linda me passe un appel pressant : c’est mon docteur qui me prie de venir la voir à l’hôpital. Le matin même.

J’ai passé des tests de sang il y a 9 mois et je n’ai pas eu les résultats. J’ai fait des poussées de fièvre et de sueur froide certaines nuits, mais c’est l’hiver et la grippe court à la garderie de ma fille de 2 ans…

J’arrive au bureau du médecin sans trop me presser. J’entre et je vois son visage sombre des jours d’enterrement… Elle prend son respire et me parle « enfin » des résultats.

J’ai le SIDA.

J’accuse le coup. Est-on jamais préparé à une telle nouvelle, à ce faire dire « TU VAS MOURIR. » Je reste muet quelques secondes. Puis, la phrase sort enfin : « C’est que ma femme est enceinte de 6 mois ! Et j’ai une petite fille de 2 ans ! Et c’est moi qui cuisine à la maison et je goûte à tout ce que je fais !!! »

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J’espère un instant que le médecin ne tombe pas sans connaissances, car elle devient livide. Puis, elle déclare : « Il faut aller chercher ta femme IMMÉDIATEMENT et lui faire passer un test de dépistage. »

Je dois non seulement annoncer à ma blonde enceinte que je suis séropositif, mais aussi qu’elle est en danger de l’être et que nous devons repartir immédiatement pour l’hôpital, et ce, sans la faire paniquer. Je ne veux pas provoquer une autre fausse-couche.

La route défile dans un vide d’espace-temps et je me retrouve à la porte de la maison légèrement hésitant à tourner la poignée. Elle me regarde entrer, surprise que je ne sois pas au bureau.

Enfin, je me lance en faisant une maladroite introduction sur mes lectures sur le sang. Puis j’aborde les « vieux » tests passés et oubliés et enfin LA NOUVELLE. Pause. Madeleine est la femme la plus courageuse qu’il m’ait été de rencontrer, mais je lis dans ses yeux les mêmes inquiétudes que les miennes. Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer sur notre sort pour l’instant elle doit aller à l’hôpital.

Pendant qu’elle fait la prise de sang, l’infirmière nous explique, calmement, que les résultats peuvent prendre jusqu’à trois semaines avant d’arriver. TROIS SEMAINES.

Je ne dors plus. Je n’ai que des scénarios catastrophes dans la tête : Madeleine, ma petite fille Chloé et le bébé infectés… Ma santé m’importe peu dans tout ça. Moi, je sais que je saurai faire face à la musique tant bien que mal, mais l’idée que j’aurais infecté les êtres que j’aime m’est insupportable.

Au bureau, je survole le travail en déléguant le plus possible. Un matin, il fait un gros soleil d’hiver dans mon bureau quand le téléphone et me sort de mes pensées. C’est l’infirmière. Les résultats sont négatifs : Madeleine et le bébé ne sont pas infectés. Les chances que notre petite fille le soit sont très minces.

Je ne peux retenir un cri de joie ! Je prends mon manteau, je ne peux annoncer la bonne nouvelle par téléphone, je dois être PRÉSENT ! J’entre sans hésiter cette fois. Ici, je dois avouer que j’ai un trou de mémoire, comme si les souvenirs étaient trop intenses…

Pour ceux d’entre vous qui s’indignent de délai entre mon test de sang et les résultats, je tiens à vous dire que c’était en 1988. Et n’eut été de ce délai, notre bébé ne serait pas né et ma plus vieille serait fille unique. La situation a donc tourné à mon avantage finalement.

À partir de ce moment, il a fallu vivre avec l’injustice et la maladie. Et la tâche n’est pas mince. Mais chaque jour, je choisi de vivre et de ne pas me laisser arrêter par cet événement.

 

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